Vous le savez dans la vie tout n’est pas noir ou blanc. Quand il s’agit de matières composant vos sacs ou vos habits, il en va de même.

Un sac en cuir de vachette est-il mieux qu’un sac en cuir vegan ?

Que veut dire mieux ? Selon quel critère : la durabilité, la « recyclabilité » ou l’impact lors de sa production ? Et qu’est-ce qu’un cuir vegan ?

Comme tout dans la vie, une matière peut être appropriée à un usage et meilleure pour l’environnement dans un certain contexte, et pas dans un autre.

Il ne s’agit donc pas de bannir une matière pour en porter une autre sur le haut du pavé, mais il est bon de savoir ce qu’est une matière, et ce qu’elle implique, pour ainsi mieux comprendre pourquoi différents cuirs ou différents textiles sont utilisés.

Voici quelques éléments pour vous aider à cerner le sujet et nous vous encourageons à vous documenter davantage notamment sur les engagements des marques en matière éthique et environnementale pour avoir une vue globale de leurs produits.

Comment évaluer si un produit est écoresponsable ?

Il n’existe malheureusement pas un critère mais de multiples critères permettant d’évaluer l’impact écologique d’une matière ou d’un produit.

Nous en avons retenu 3 principaux à passer au crible des matériaux ci-dessous :

-la fabrication : comment est fabriqué un produit, à partir de quelles matières, impact carbone des matériaux le composant, impact carbone de la fabrication en elle-même, impact sur les eaux usées….

-la durabilité d’un produit : le matériau fini va-t-il durer dans le temps ou sera-t-il jeté au bout de quelque mois ? est solide, est-il pérenne, n’est-il qu’un effet de mode passager ? peut-on le réparer ?

-sa faculté à être recyclé : en fin de vie du produit, peut-on le recycler ou va-t-il être jeté et polluer l’environnement ?

Qu’est ce que le cuir « vegan » ?

On entend parler depuis quelques années maintenant de matières dites éco-responsables et notamment capables d’imiter esthétiquement LA matière utilisée et exploitée depuis des milliers d’années : le cuir. C’est le cas des cuir dits « vegan ».

Que se cache-t-il derrière ce nom à la fois évocateur et trompeur ?

L’expression « cuir vegan » est en effet trompeuse, puisqu’elle regroupe les alternatives au cuir qui ne proviennent pas de peaux animales.

Or l’appellation « cuir » sous-entend l’utilisation de peau animale : elle protégée par un décret, dont l’article 2 stipule que « l’utilisation du mot cuir, à titre principal ou de racine ou sous forme d’adjectif […] est interdite dans la désignation de toute autre matière que celle obtenue de la peau animale[…] ».

Le cuir vegan désigne donc un matériau qui s’apparente au cuir, créé à partir de produits artificiels ou de plantes.

1. Les matières synthétiques

Ce que vous connaissez sous le nom de « simili cuir » n’est autre que du cuir vegan. Il en va de même du skaï, lorica, clarino ou amara.

Ces matières sont des polymères plastiques comme le polyuréthane (PU) et le Polyvinyle chlorite (PVC) qui permettent de reproduire une matière similaire au cuir « classique » grâce à leur texture ridée.

Concrètement le PU et le PVC sont fabriqués partir de pétrole. Qui dit pétrole, dit extraction du pétrole et son impact écologique, quid de l’impact de transformation en simili cuir sur l’eau et les émissions de CO²….

2. Les matières naturelles

L’autre pan des matières dites « vegan » sont les cuirs issus de ressources naturelles et notamment végétales comme le cuir d’eucalyptus, le liège, le cuir d’ananas ou bien de champignon

Toutes ces matières sont identifiables grâce à des labels Vegan comme « Certifié Vegan » délivré par la Vegan Awarness, « One voice », « Leaping bunny » ou encore « Cruelty free » accordé par la PETA.

Un rapport développé en 2018 par Kering « L’Environmental Profit & Loss » affirme que l’impact de la production de cuir vegan peut être jusqu’à un tiers inférieur à celui du cuir véritable.

Mais si le cuir vegan a un impact inférieur au cuir lors de sa production, qu’en est-il de son impact une fois produit ?

Les vêtements en plastique peuvent constituer une menace pendant et après leur durée de vie, car ils pourraient se retrouver dans l’eau ou dans une décharge. Il faut des années pour qu’ils se dégradent et libèrent des produits chimiques toxiques dans l’environnement.

« On estime que 13 millions de tonnes de fibres synthétiques pénètrent dans nos océans chaque année« , prévient Sandor, la créatrice de Nanushka, la marque luxueuse hongroise en vogue créée pour la femme moderne.

La pollution des micro-plastiques est une grande menace pour nos océans.

Qu’en est-il du cuir et de son impact écologique ?

La question d’utiliser du cuir ou des produits de remplacement va devenir de plus en plus présente dans l’industrie de la mode.

Un des éléments fondamentaux à prendre en compte dans la compréhension du sujet est : comprendre les interdépendances entre les filières agricoles et les filières cuir.

Jusqu’à ce jour, 99% des dépouilles transformées en cuir viennent de la consommation de viande : si ces peaux n’étaient pas utilisées il faudrait les incinérer pour un coût financier et écologique très important.

Pour réduire l’utilisation du cuir, il faudrait réduire la consommation de viande, et bien que nous sommes tous conscients de cette nécessité, étant donné l’impact carbone de la filière bovine, diminuer une telle filière dans le monde ne se fera pas du jour au lendemain.

Il va sans dire qu’un élevage intensif pratiqué par certains pays comme le Brésil, au dépend d’une déforestation et de la mise en péril de l’équilibre écologique est un vrai fléau et ne peut se justifier par l’utilisation du cuir en découlant.

Vous l’aurez donc compris : la question principale concernant l’impact écologique du cuir, il est réellement dépendant du mode d’élevage en premier lieu, et des types et conditions dans lesquels s’effectue le tannage.

Parmi les critères cités plus hauts, nous avons mentionné la durabilité et la capacité à être recyclé :

La durée de vie des produits en cuir excède très largement celle des produits de remplacements, dont une grande partie est issue d’industrie pétrolière.

Enfin le cuir est recyclable ce qui n’est pas le cas de nombreux produits issus de l’industrie pétrolière.

Le tannage : un procédé indispensable mais pas sans conséquences

Le tannage correspond à la transformation des peaux animales (dans le cas du cuir “classique) ou ressources naturelles (cuir “vegan”) en matières imputrescibles donc malléable au possible. C’est une étape primordiale dans la fabrication du cuir. On distingue le tannage minéral du tannage végétal.

En Europe, le tannage est réglementé par la norme REACH, qui permet de limiter ou interdire l’utilisation de certaines substances nocives pour l’environnement ou les êtres humains. Il est donc important de connaître la provenance de son cuir car des pays plus lointains ne respectent pas forcément ces normes là…

Le tannage minéral consiste à utiliser des tanins minéraux tels que les sels de chrome, fer ou encore zirconium; c’est la technique la plus courante (90% de la production de cuir) car rapide d’exécution (de quelques heures à quelques jours) mais aussi très résistant aux tractions, déchirures et températures élevées.

Le tannage végétal lui, est la méthode la plus ancienne (dès le Moyen-Âge oui oui) ! On plonge la peau animale dans des cuves avec des tanins végétaux comme les écorces d’arbre (chêne le plus souvent, châtaigner, quebracho..), de feuilles ou même de racines. Il est plus lent à traiter que le tannage au chrome même si l’évolution des techniques réduisent aujourd’hui sa production à quelques jours.

Viennent ensuite une succession d’étapes parmi lesquelles figurent le retannage, la teinture, l’essorage puis la mise au vent.

Que ce soit pour le tannage minéral ou végétal, ces deux techniques requièrent des ressources en eaux mais aussi en substances chimiques mélangées pour obtenir un rendu optimal.

Le tannage minéral utilise près de 85% de chrome. Le Chrome, connu pour sa toxicité et ses propriétés allergisantes est donc de plus en plus controversé car il entraînait jusqu’à peu une pollution des eaux importantes. Ceci est en train de changer grâce aux lois qui depuis une dizaine d’années imposent en Europe un traitement « propre » des eaux. Malheureusement 80% de la production de cuir “animal” et qui utilise donc un tannage minéral provient des pays en développement (comme l’Inde) qui n’adoptent pas les mêmes normes et rejettent les eaux usées directement dans les fleuves…

Le tannage végétal lui, sera mélangé à diverses huiles pour gagner en souplesse et brillance.

Dans les deux cas, ils nécessitent énormément d’eau pour parvenir au résultat final, qui servira de matières première à la création !

On observe depuis peu l’apparition du tannage mixte, qui mise sur un tannage végétal qu’on vient retanner rapidement et légèrement au chrome afin de garantir une durée de vie optimale !

Tannage Composition Prix Temps de fabrication Longévité Usage
Minéral Sels de chrome, fer et zirconium Abordable Quelques heures Forte Cuir animal
Végétal Ecorces d’arbres, feuilles et racines Coûteux Quelques jours / mois Moyenne Cuir animal et végétal

Est-ce que cuir animal = tannage minéral ? Et non !

Les matières utilisées (peaux ou ressources végétales/plastiques) ne sont en aucun cas associées au traitement qu’elles subissent par la suite. On peut donc parler de cuir animal et de tannage végétal dans la même phrase sans provoquer un contre-sens ! La réciproque est-elle vraie ? Elle pourrait. Mais un cuir réalisé à partir de matières végétales n’aurait aucun intérêt à ensuite être traité avec des substances chimiques toxiques…qui feraient perdre au “cuir vegan” tout son sens.

Cuir Composition Durée de vie Style et usage Recyclage
Animal Peaux animales Forte Infinité de couleurs /textures Toucher rêche Usage : Accessoires / chaussures oui avec caoutchouc et autres cuirs
“Vegan” / végétal Plastiques (PVC ou PU) / Végétaux (ananas, champignon, etc) Faible à Moyenne Choix limité de teintes, formes. Souple et brillant Usage : Pantalons / vestes Pas toujours

Une autre matière a fait son apparition depuis quelques années : le cuir “recyclé”, cuir hybride fait de mélanges de cuirs existants à un caoutchouc naturel (latex) afin de créer une pâte modelable à souhait ! Voilà une matière issue de l’économie circulaire en ligne avec l’upcycling c’est-à-dire créer avec de l’existant comme nous savons le faire chez E2R 🙂

Cuir animal versus cuir végétal : qu’en pensent les créateurs ?

À chaque usage sa matière de prédilection !

Alors qu’il est clair que le traitement du cuir “animal” représente un fléau pour l’environnement et la santé à l’heure actuelle (le tannage minéral étant massivement privilégié); le cuir végétal se heurte aussi récemment aux critiques notamment des créateurs qui y voient une matière limitée, avec un cycle de vie nettement inférieur au cuir animal et une diversité trop peu importante des différentes textures, couleurs…

Dans une autre mesure, le “cuir vegan” est polluant notamment lorsqu’il est réalisé à partir de plastique donc PVC ou PU comme le souligne Sandra Sandor la créatrice de Nanushka.

Tout comme la fourrure, le cuir essuie les critiques pour sa “cruauté envers les animaux” mais aussi sa nocivité et la pollution qu’il engendre. Alors que les podiums de défilés adoptent voire privilégient depuis quelques années la fausse fourrure, est-ce le cas du cuir vegan ?

Toujours selon Sandra Sandor, qui a l’habitude de travailler ces matières dans ses collections “les gens le confondent souvent au toucher avec un cuir véritable donc cela ne compromet pas la qualité de nos créations”.

Pour autant, d’autres designers affirment qu’on ne peut pas parler d’imitation parfaite. C’est le cas de Renee Cuoco, directrice générale du label Rejina Pyo (marque de luxe de prêt-à-porter féminin durable) qui soutient que malgré la qualité du cuir vegan notamment pour les pantalons (similicuir) ou vestes, certaines pièces sont réalisées uniquement à partir de cuir animal “notamment pour les chaussures ou les sacs il offre un rendu soigné, confortable et surtout durable dans le temps”.

Comment s’y retrouver dans tout cela et à qui faire confiance ?

Au final, dans ce sujet loin d’être dichotomique, comment distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais ? Car comme dans tout domaine, les appellations et abus sont nombreux surtout lorsqu’il s’agit de greenwashing !

Alleluia ! Dans cette jungle d’appellations il existe des labels capables de garantir la qualité des produits selon plusieurs critères : le juste prix (Fairtrade), la non-toxicité des produits (Oeko-Tex) ou encore l’absence de matière animale (PETA ou People for the Ethical Treatment of Animal).

Dans le domaine du cuir “responsable”, il existe le label international « Naturleder » qui garantit la production de cuir dans les règles de l’art de façon à n’utiliser aucun agent toxique pour l’homme ou l’environnement.

Vous l’aurez compris, dans une société qui change et évolue avec son temps, il est facile de tomber dans les clichés des bons et mauvais producteurs, des marques responsables et des marques irrationnelles. Il est important de faire la part des choses et d’avant tout s’informer pour avoir les tenants et aboutissants des produits que VOUS achetez, vous et vous seuls !

Il est de la responsabilité de chacun, d’agir en son âme et conscience en limitant un peu (ou beaucoup) votre empreinte sur la terre que vous laisserez à vos enfants…

Ce qu’il faut retenir

  • D’un point de vue production les cuirs vegan, issus de l’industrie pétrolière, semblent moins polluants que le cuir, en raison notamment de l’impact écologique du tannage
  • La durée de vie du cuir “classique “ est largement supérieure à celle du simili cuir
  • L’impact écologique des fibres plastiques issus de l’industrie chimique est l’émission de fibres synthétiques et micro-plastiques qui polluent les océans.
  • Que ce soit le cuir et les cuirs vegan, ils font partie de larges écosystèmes pas évidents à appréhender et quantifier, où tout n’est ni blanc ni noir.

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